En septembre et octobre 2023, les salarié.es de Keolis Boucles de Seine du dépôt de Montesson (Yvelines) ont mené six semaines de grève, suivie très massivement, pour le rétablissement d’une prime d’intéressement et de participation. A l’époque, le dépôt d’Argenteuil (Val d’Oise), qui fait partie du même établissement que celui de Montesson, n’avait pas bougé. Nous avions suivi cette lutte à l’époque[1], en interrogeant des grévistes et notamment Amine, délégué Sud Transport. C’est à lui que nous posons les questions suivantes sur cette nouvelle grève illimitée, cette fois-ci en cours à Montesson et à Argenteuil.

Si vous voulez soutenir la grève des Keolis, vous pouvez abonder une caisse de grève dont voici le lien : https://www.cotizup.com/keolisbouclesdeseine

Cette fois-ci et contrairement à la précédente grève, en septembre-octobre derniers, la grève touche à la fois le site d’Argenteuil et celui de Montesson. Est-ce que tu pourrais expliquer rapidement ce qui a rendu possible cette unité entre les deux sites ?

La grève intervient suite à une négociation annuelle de l’entreprise. Il faut savoir que l’entreprise perd tous les membres de la direction, qui s’en vont à droite, à gauche. Le directeur a démissionné et est parti ailleurs. La DRH aussi, ainsi qu’une responsable d’exploitation. Tout le monde se sauve de Keolis. Un résultat catastrophique. De l’autre côté, on a eu une négociation annuelle obligatoire (NAO), et la direction nous a proposé, au départ 1,8% d’augmentation, puis 2%, et ça s’est finalement bloqué sur 2,5%, alors que l’année dernière nous avions obtenu 4%, ce que je n’ai pas signé, parce que ça ne nous paraissait pas, à moi et à mes collègues – par référendum, je leur ai posé la question : est-ce qu’on signe à 4%, et ça a été négatif – mais bref, on a quand même eu 4%. Cette année, c’est 2,5%. Donc il y a un ras-le-bol, surtout du côté d’Argenteuil où ils sont 300 salarié.es, à cause – on le sait bien, des primes de participation qu’on n’a pas eues sur deux ans. Et puis, évidemment, avec la grève de six semaines où ils nous ont vu trimer, je pense : par empathie. Et, comme c’est la même société, ils se sont dit : c’est la même société, il faut y aller nous aussi. Les NAO, ça a été la meilleure des occasions. Donc, voilà ce qui s’est passé : il y a eu un engouement général des syndicats. On a fait une intersyndicale et une alarme sociale, et un préavis, au nom des cinq syndicats : Force Ouvrière, CGT, CFE, Sud et UNSA.

Où en est-on, après une semaine de grève très forte – si tu pouvais donner des chiffres sur le nombre de bus qui circulent, etc. ça serait bien – et en particulier, comment réagit la direction ? Est-ce que vous avez le sentiment qu’elle est en train de céder ?

Pour ce qui est du climat, depuis la semaine dernière, il n’y a eu quasiment aucun trafic. Il n’y a eu que 3% des bus qui sont sortis en début de semaine. Surtout chez nous, à Montesson ; pas à Argenteuil. Hier et aujourd’hui (le 28 avril), il y a eu au total 8 bus sur le week-end, et en début de semaine dernière, il y a eu un ou deux bus scolaires. Après, ça s’est refermé. Du côté d’Argenteuil, zéro bus, rien du tout ! A Argenteuil, les collègues se relaient, 24 heures sur 24. Donc il y a des palettes et des feux à chaque extrémité des rues parallèles qui permettent de rejoindre ce dépôt. Et donc, il n’y a aucune entrée-sortie. Je me répète : la direction a foutu le camp et nous a laissés entre nous, comme ce qui s’est passé à Montesson.

Comment vois-tu la semaine qui vient (à partir de demain lundi 29/4) ?

Maintenant, c’est très, très dur, surtout pour les collègues de Montesson, qui ont du mal à tenir. Ils ont tenu 6 semaines ; on en est à à peine six mois de sortie de crise ; c’est compliqué. Et il y en a pas mal qui reprennent le boulot ce week-end et le 1er Mai. Ici, à Montesson, on va se retrouver à moins de 50% de grévistes. Ça va être compliqué de continuer les piquets, etc. Du côté d’Argenteuil, ils ont encore le moral, parce qu’ils sont encore dans la première semaine. Donc à Argenteuil, le moral est meilleur qu’à Montesson. On se voit entre nous, on échange, je vais souvent là-bas.

Qu’est-ce qu’on peut faire, en termes de solidarité ? Qu’est-ce qui manque le plus pour que vous remportiez une belle victoire ?

Pour nous aider, il faut nous aider à médiatiser, médiatiser. Il faut que tout le monde sache que le dépôt, surtout d’Argenteuil, est tenu par les grévistes et abandonné par la direction. Et surtout la nuit : il y a des rassemblements la nuit où les collègues vont là-bas pour empêcher que les bus sortent et de transférer sur d’autres dépôts pour faire le service minimum. Entre-temps, on a rencontré une seule fois la direction qui nous a invité.es – la nouvelle directrice – à une négociation. En fait, ce n’était pas pour négocier – on y a cru – mais c’était pour nous dire de quitter les lieux au plus vite pour permettre au service minimum d’être effectué. Elle nous a menacé.es : police, tribunal, etc. Pour l’instant, on tient bien, le moral est bon chez les syndicats. Demain (lundi 29/4), on va continuer la manœuvre de blocage, pour ne pas que les bus sortent, bien qu’il y ait beaucoup plus de non-grévistes.

Donc, pour nous aider, il faut médiatiser : il faut du monde, du monde, du monde ! Il faut montrer ce que fait Keolis, ce qui se passe aujourd’hui. Et que les autres salarié.es, que ce soient des chauffeurs de bus ou de toutes les autres entreprises de France, qui subissent le même sort que nous, se réveillent à un moment donné.


[1] Voir pour plus de détails les articles suivants : https://litci.org/fr/greve-illimitee-chez-keolis-a-montesson-yvelines/ et https://litci.org/fr/keolis-montesson-la-greve-tient-bon-malgre-le-sombre-jeu-de-la-direction/

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