À compter du 19 février, Trump a signé 66 décrets depuis son entrée en fonction, un record terrifiant. Ces décrets sévères et réactionnaires touchent des domaines aussi variés que les déportations massives d’immigrés ou la non-reconnaissance officielle par les États-Unis des personnes transgenres et genderqueers. Le forage a également été déréglementé, l’exécutif ouvrant la voie à une intensification de la catastrophe climatique.1

En d’autres termes, Trump réintroduit systématiquement l’extrême droite au pouvoir et met en œuvre son programme. Le Parti démocrate restant largement silencieux et le Parti républicain se coalisant autour de Trump, les opprimé.e.s et les travailleur.euse.s se retrouvent sans personne pour les défendre auprès de leur propre gouvernement.

Que pouvons-nous donc faire pour protéger nos droits contre cette vague de mesures répressives ? Pour répondre à cette question, nous devons d’abord clarifier ce dont nous parlons exactement lorsque nous disons « l’extrême droite américaine » : comment faisons-nous la distinction, à supposer qu’elle existe, entre la bourgeoisie libérale, le fascisme et l’extrême droite ? Qu’est-ce qui rend cette ascension particulière, et pourquoi s’en soucier, alors que le parti de la LIT aux Etats-Unis n’a donné de consigne de vote ni d’un côté, ni de l’autre ?2

Ces pistes de recherche, apparemment disparates, sont en fait toutes liées. Cela dépend simplement de la façon dont nous envisageons le problème. Le vote, par exemple, est une question tactique, liée à la manière dont nous analysons la différence entre le libéralisme, le fascisme et l’extrême droite. En tant que marxistes, nous voyons le monde à travers le prisme de la lutte des classes ; cela signifie que nous considérons la société comme une lutte entre des groupes antagonistes – à savoir la bourgeoisie et le prolétariat, bien qu’il existe d’autres classes telles que les paysans et la petite bourgeoisie – et que, collectivement, la société de classes se reproduit par le biais de cet antagonisme.

L’idée sous-jacente au vote – dans le système capitaliste en général, mais plus encore dans le système institutionnel bipartite qui prévaut aux États-Unis – est que la majorité des gens devrait décider quels capitalistes devraient être autorisés à les gouverner. D’où la décision des révolutionnaires de s’abstenir de participer aux élections : nous voulons un pouvoir spécifique, avec des formes spécifiques, par et pour la classe ouvrière, nous voulons l’indépendance de notre classe, et non pas renforcer notre dépendance à l’égard de la bourgeoisie. Bien sûr, il y a des nuances, et c’est là qu’intervient la distinction entre libéralisme, fascisme et extrême droite.

En faisant de telles distinctions, nous passons du contexte théorique – la description générale du capitalisme – à une réalité concrète, en constante évolution. Ce qui était considéré comme « de droite » dans les années 60 semble aujourd’hui relativement inoffensif en comparaison – il suffit de comparer Trump et Goldwater ! Alors comment analyser objectivement la situation ? Eh bien, nous pouvons au moins comparer les différentes positions adoptées par les politiciens au fait objectif du capitalisme et de la lutte des classes. Nous pouvons dire, par exemple, que le « libéralisme » et le « fascisme » sont tous deux des philosophies de la bourgeoisie destinées à maintenir le capitalisme, mais qu’ils nous affectent différemment en 2025 qu’ils ne le faisaient, disons, en 1933. Les capitalistes libéraux cherchent généralement à avancer au coup par coup dans le domaine du progrès social – plus de représentation des minorités, quelques concessions ici et là pour les personnes homosexuelles – mais ils sont avant tout intéressés par leurs propres intérêts de classe.

Le libéralisme fonctionne souvent comme une sorte de négociation d’otages : les transgenres de la classe moyenne ont eu l’impression de devoir choisir entre leurs droits et les droits de personnes moins bien loties qu’eux. De même, avec Gaza, Harris a demandé aux Américains d’échanger la vie des Palestiniens au nom de la « démocratie » (soit dit en passant, bien qu’elle ait fait campagne sur l’idée que Trump et les Républicains au pouvoir seraient assimilables au fascisme, elle a également lancé de nombreux appels à un esprit bipartisan3).

Qu’est-ce donc que le fascisme, et ressemble-t-il à Donald Trump ? Cela pourrait bien dépendre, mais le fascisme ressemble classiquement à un mouvement de masse qui relie certains travailleurs à la petite bourgeoisie (la composante la plus importante du fascisme), et ce bloc à la grande bourgeoisie. Il se forme sur la base de milices d’extrême droite et de crimes haineux, d’une part, et de la politique parlementaire, d’autre part. Ses caractéristiques sont typiquement le chauvinisme masculin, le racisme, l’ethno-nationalisme, le militarisme et l’intolérance violente à l’égard des personnes LGBT. Le fascisme et le nazisme se caractérisent aussi fondamentalement par leurs méthodes spécifiques de destruction du mouvement ouvrier. Le mouvement s’articule essentiellement autour d’une seule figure par nation, comme Hitler, Mussolini, Franco, etc. Ces personnes, avec le soutien de leur coalition interclassiste et d’un groupe de veules incompétents déjà au pouvoir, organisent un coup d’État ou, dans le cas d’Hitler, se font nommer au pouvoir, à partir duquel ils instaurent un État autoritaire.

Trump et ses semblables, bien qu’ils s’inspirent et s’appuient de manière significative sur les fascistes, sont plus complexes, mais ne sont pas pour autant « meilleurs ». Sa ligne politique, par exemple, devient de plus en plus fasciste, mais son mouvement ne rentre pas – du moins, pour le moment – dans la catégorie du fascisme, parce que son vitriol s’intègre plutôt bien dans la structure de la démocratie libérale. En d’autres termes, Trump n’a pas besoin d’un État fasciste pour parvenir à ses fins – il peut très bien le faire avec le type de gouvernement que nous avons. Cela ne signifie pas qu’il ne deviendra pas fasciste, par exemple, si le mouvement ouvrier se développe au point que la démocratie libérale devient incapable de le gérer, mais seulement que pour l’instant, nos analyses et nos stratégies doivent refléter la réalité actuelle.

  1. https://www.federalregister.gov/presidential-documents/executive-orders/donald-trump/2025 ↩︎
  2. https://workersvoiceus.org/2024/11/05/trump-or-harris-there-is-no-good-choice-for-working-people/ ↩︎
  3.  Cf https://apnews.com/article/fascism-meaning-harris-trump-kelly-fda56694feb1825dcf6477c8081a563d avec https://www.reuters.com/world/us/harris-says-she-will-create-bipartisan-council-advisors-give-policy-feedback-2024-10-11/. ↩︎

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