Avec le passage à une confrontation directe entre Israël et l’Iran, nous assistons indiscutablement à un élargissement et à une aggravation du conflit au Proche-Orient. Précisons d’emblée que si nous considérons le sionisme et les impérialismes occidentaux qui le soutiennent comme les premiers fauteurs de guerre dans la région, nous ne voulons afficher aucun soutien ni même aucune indulgence vis-à-vis des autres régimes en place dans cette partie du monde, notamment ceux qui appartiennent à l’arc diplomatique opposé à Israël et à l’Occident. Cela concerne notamment la Syrie du boucher Bachar el-Assad et l’Iran des Mollahs. Nous sommes totalement du côté des peuples qui combattent ces régimes, tant le peuple syrien toujours en résistance contre son bourreau, que le peuple – et tout particulièrement les femmes – d’Iran, en butte à une répression barbare. Tous les dirigeants de la région sont donc des bandits et des assassins. Cela étant dit, nous voudrions ici rappeler les derniers évènements politico-militaires entre l’Iran et Israël et apporter un regard critique sur la façon dont ceux-ci sont transcrits par l’idéologie dominante en France et dans les pays occidentaux. Car, comme d’habitude nos médias mainstream nous mentent sur cette question. Plus exactement, les idéologues chargés de nous bourrer le crâne à la télé et à la radio ne nous disent souvent qu’une partie de la réalité : la partie qui justifie, à leurs yeux, le positionnement occidental en faveur de l’Etat sioniste.

Le procédé est très simple, il est déjà massivement utilisé depuis le 7 octobre, et il peut bien sûr tromper les personnes qui n’ont pas une connaissance historique et politique suffisante de la situation dans cette région du monde. Pour les chiens de garde de l’impérialisme et du sionisme, il s’agit, tout simplement, de « faire commencer l’histoire » à un moment qui semble faire porter la faute sur l’ennemi désigné, et de taire ce qui s’est passé auparavant. De la même façon que, pour les médias du système et les politiciens qui le servent avec ferveur, l’histoire du Proche-Orient semble n’avoir commencé le 7 octobre avec les actions dirigées par le Hamas, tandis qu’on cherche à nous cacher ou nous faire oublier tout ce qui s’est passé depuis environ un siècle (plus particulièrement avec la Nakba (catastrophe) de 1948, et plus récemment le blocus de Gaza par Israël et sa transformation en un camp de concentration à ciel ouvert), l’actuel conflit Iran-Israël nous est généralement présenté comme s’il avait débuté avec l’envoi de drones et de missiles iraniens vers Israël dans la nuit du 13 au 14 avril.
Il est parfaitement possible d’éprouver un véritable dégout pour le régime des mollahs iraniens et sa barbarie moyenâgeuse – c’est notre cas – tout en reconnaissant que l’Iran a été attaqué et provoqué par Israël, et que l’opération menée dans la nuit du 13 au 14 avril était une riposte à ces attaques et provocations sionistes. Des attaques et des provocations délibérées, et parfaitement calculées, ajouterons-nous.
Rappelons les principaux faits.
Après une première escalade au mois de janvier, les affrontements entre l’Etat sioniste et les Mollahs avaient diminué d’intensité, du fait de la retenue exigée par l’Iran auprès de ses proxys et partenaires, dans le cadre de sa stratégie visant à éviter un choc direct avec Israël et avec les Etats-Unis.
Mais la « patience stratégique » iranienne ne convient pas au pouvoir sioniste, pressé de frapper l’Iran de façon décisive avant que ce pays ne soit en mesure de se doter de l’arme atomique, mais aussi pour d’autres raisons politiques, notamment liées à la situation interne à Israël : les scandales s’accumulent pour Netanyahou, promettant à ce dernier des perspectives judiciaires qu’il veut éviter à tout prix en restant au pouvoir ; une large partie de la population israélienne s’impatiente de la non-résolution de la question des otages ; et l’opinion publique internationale s’émeut de plus en plus de la boucherie orchestrée par le régime israélien à Gaza. La fuite en avant belliqueuse contre l’Iran se veut donc une réponse à l’ensemble de ces problèmes qui s’accumulent pour l’exécutif sioniste.
Sans en revendiquer la responsabilité, l’Etat hébreu a donc décidé de frapper l’annexe du consulat iranien à Damas, assassinant du même coup trois généraux des forces d’élite de Téhéran. Or, frapper des bâtiments diplomatiques, c’est frapper directement le pays auxquels ils appartiennent, et c’est donc clairement un acte de guerre. Mais le chœur des belles âmes occidentales ne s’en est pas ému. Il est parfaitement évident que seul Israël pouvait être à l’origine de cette opération, mais pour elles, l’Iran, après tout, est un « Etat voyou », donc tout est permis quand il s’agit de lui ! Et puis – cette affaire, après le génocide en cours à Gaza, l’a de nouveau confirmé – l’allié sioniste peut s’autoriser n’importe quelle exaction sans risquer de véritables sanctions ou représailles occidentales…
Mais pour le régime des Mollahs, en proie à une profonde crise de légitimité, il était impossible de continuer à menacer sans réagir, sous peine de perdre toute crédibilité. Dans la nuit du 13 au 14 avril, l’Iran, après avoir averti que l’agression israélienne contre son ambassade à Damas ne pouvait rester sans riposte, a donc lancé plus de 300 drones et missiles contre le territoire israélien. A cela sont venus s’ajouter des tirs depuis le Liban, l’Irak et le Yémen. Cette attaque iranienne est à la fois originale – c’est la première fois que ce pays frappe directement Israël – et se veut malgré tout mesurée : il apparait que la plupart des engins balistiques dirigés vers l’Etat hébreu étaient lents, et donc faciles à intercepter, ce qui a été fait. Les dégâts causés sur le sol israélien ont d’ailleurs été fort limités. Les diplomates de Téhéran ont déclaré après cela que « l’affaire était conclue » et précisé : « Nous n’avons aucune intention de poursuivre cette opération, mais si le régime sioniste entreprend une action contre la République islamique d’Iran, notre prochaine opération sera bien plus importante que celle-ci ».
Cette opération portait donc en elle le risque d’accroitre le risque d’escalade, d’autant plus que l’exécutif israélien d’extrême droite est tout sauf pacifique. Tout en vantant les capacités du système de sécurité militaire israélien, il a d’ailleurs immédiatement déclaré que des représailles auraient lieu contre l’Iran. Pour Netanyahou et sa clique, l’opération a aussi été couronnée de succès sur le plan diplomatique, d’abord en resserrant les rangs des pays impérialistes en faveur d’Israël et contre l’Iran, avec des interventions directes. Les Etats-Unis en tête, mais aussi la France et le Royaume-Uni ont totalement soutenu l’Etat hébreu et intercepté drones et missiles iraniens. Israël a même obtenu également la contribution de certains régimes arabes (Émirats, Arabie Saoudite, Jordanie) à sa défense militaire. Provoquer l’Iran pour forcer ce pays à intervenir militairement contre Israël, tel est le choix diabolique du gouvernement Netanyahou. Et il semble que, dans un premier temps au moins, ce choix soit globalement payant pour l’exécutif sioniste.
La réponse israélienne contre l’Iran, alors que Joe Biden avait déclaré que les Etats-Unis n’interviendraient pas aux côtés de l’Etat hébreu, a eu lieu le vendredi 19 avril. Et il apparait que, contre la volonté exprimée par les plus durs du gouvernement sioniste (Gantz, Ben-Gvir, etc.), d’écraser l’Iran sous les bombes, la diplomatie états-unienne ait eu gain de cause et ait réussi à convaincre Israël de riposter de façon limitée, tout en continuant à passer pour le pays agressé. De fait, ce sont quelques sites seulement qui ont été touchés en Iran et en Syrie : des frappes près d’Ispahan (centre de l’Iran), aux environs d’une base de recherche nucléaire, mais sans dégâts majeurs causés à ce site ; contre une position radar syrienne, à la frontière iranienne. Le régime des Mollahs a montré qu’il choisissait de minimiser ces frappes israéliennes et de ne pas riposter.
La perspective d’une escalade guerrière Israël-Iran ne semble donc plus d’une actualité immédiate. Mais les tensions demeurent très vives dans la région, et une conflagration majeure au Proche et Moyen-Orient ne peut être écartée. En attendant, le choix soufflé à Netanyahou par Biden – qui a besoin de passer davantage pour une colombe dans la perspective de sa réélection face à Trump – permet à Israël de poursuivre son objectif central depuis plus de six mois : écraser le peuple palestinien, et se concentrer en particulier sur la prise de Rafah où sont réfugiés des centaines de milliers de Gazaouis.
