
L’indicateur des politiques d’accueil des exilé.es.
Aux dernières élections présidentielles, la présence au second tour du Rassemblement National avait servi Macron. Malgré le bilan anti-social de son premier mandat, certain.es espéraient sans doute qu’en évitant l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite officielle, des lois comme la loi Asile Immigration du 26 janvier 2024 ne pourrait pas voir le jour.
Ils et elles ont dû être déçu.es, comme ceux et celles qui, lors de l’élection présidentielle de 2012, avaient cru pouvoir améliorer la situation des migrant.es en votant pour Hollande contre un Sarkozy qui, avec son ministre de l’Intérieur Hortefeux, marchait déjà sur les plates-bandes de l’extrême droite en matière de stigmatisation des exilé.es et de précarisation de leurs conditions d’accueil. Si dans le discours, on a pu constater une certaine atténuation avec le gouvernement Hollande, on était déjà dans les « en même temps » contradictoires caractérisant aujourd’hui le gouvernement Macron. En effet, les conditions d’accueil ont, dans les faits, continué à se durcir avec la circulaire Valls de 2012 ou encore la loi Cazeneuve de 2016, qui n’ont fait qu’accentuer le contrôle sur les migrant.es. Dans les faits, ce contrôle s’est appuyé sur un appareil d’État dont certain.es fonctionnaires, des services de Police aux Préfectures, ont parfois appliqué avec zèle certaines directives au point de rendre non-effectifs les droits des migrants pourtant déjà rognés par les lois, notamment concernant les procédures de mise à l’abri, y compris d’enfants. En rejetant certaines mesures du projet de loi Asile Immigration au nom du rejet de la « préférence nationale », le Conseil Constitutionnel n’a en fait passé qu’une couche de vernis sur la politique réelle d’accueil des migrant.es. Ces pratiques xénophobes voire racistes ne datent évidemment pas du gouvernement Hollande et sont inhérentes au caractère colonial de l’État français, mais une ligne a été franchie. Ces pratiques xénophobes voire racistes ne datent évidemment pas du gouvernement Hollande et sont inhérentes au caractère colonial de l’État français, mais une ligne a été franchie.
Un petit Pétain qui vient ?
En considérant que Darmanin brigue la future présidence de la République, la mise en avant de la « préférence nationale » lui aura permis de donner des gages d’intention à certains fonctionnaires zélé.es des corps régaliens portés sur les idées et les pratiques d’extrême droite. Tout en cherchant une base électorale, il s’assurerait aussi d’une certaine fidélité de l’appareil d’État pour la mise en œuvre de ses futures mesures réactionnaires, dont une remise en question de la Constitution qui l’aura « empêché ». Cette hypothèse est rendue crédible par sa présence dans un commissariat en visite officielle, le lendemain du refus par Macron de ce qui ressemble à un simulacre de démission suite à la « fronde » du Conseil Constitutionnel…
S’adresser à une base électorale, c’est aussi certainement ce qu’il a voulu faire lorsque, vis à vis des agriculteurs mobilisés, il a déclaré qu’il fallait les entendre et que la réponse à leur souffrance n’était pas les forces de l’ordre, disant même qu’il y avait des coups de sang légitimes. Que dire alors de la répression sous son autorité des syndicalistes et autres personnes qui se sont mobilisées pendant le mouvement des retraites ou de la répression de celles et ceux qui se mobilisent pour l’environnement ? Ou cherchait-il à séduire les troupes d’une FNSEA organisée comme une corporation[1], avec une direction constituée de gros capitalistes qui prétendent défendre les intérêts de toute une profession mais qui se sert de sa base comme masse de manœuvre pour obtenir une « libéralisation » qui accélère la disparition des petites exploitations et la concentration du capital ? Notons que le numéro 2 de la FNSEA se présente aux élections européennes avec l’étiquette LREM… Sera-t-il aussi bienveillant avec les agriculteurs et les agricultrices de la Confédération paysanne qui continuent à se mobiliser ? On peut en douter vue le degré d’indépendance de ce syndicat…
Tout un programme…réactionnaire
Diviser la société en exigeant que chacun.e se range derrière les intérêts des capitalistes et du gouvernement qui définit les « valeurs de la République » à sa sauce, voilà la recette d’une société bien ordonnée pour l’exploitation…
Pour la division, on notera la continuité de la casse de « l’État social », de l’école à l’hôpital, les réformes de l’assurance-chômage passées et annoncées, ou encore une nième stigmatisation des musulman.es avec l’une des dernières trouvailles en date, l’interdiction du port de « l’abaya » dans les établissement scolaires… Par contre, en parlant de réarmement démographique de la France et en s’apprêtant à généraliser le Service National Universel, c’est bien un embrigadement de la jeunesse par une doctrine qui mêle nationalisme, guerre économique et guerre tout court qui se met en place.
En indiquant que l’Éducation était son domaine réservé, Macron montre bien que si les capitalistes tentent de mettre au pas le monde du travail, ils pensent dès maintenant à l’avenir en tentant de façonner la jeunesse. Si la communauté éducative de l’Éducation nationale ne se bat pas, elle pourrait bien devenir un rouage encore plus actif de l’embrigadement de la jeunesse.
Des luttes de différentes natures à engager :
Les mobilisations les plus déterminées contre la loi Darmanin se mènent aujourd’hui dans la jeunesse, avec des lycéen.nes qui procèdent à des blocus de lycées et manifestations dans plusieurs villes de France. Elle commence aussi à se mobiliser contre les ballons d’essais du gouvernement français pour faire porter l’uniforme à l’école. Plusieurs établissements-pilotes ont dû abandonner le projet d’expérimentation. Si d’un autre côté une autre partie de la jeunesse est séduite par les idées d’extrême droite, une nouvelle génération se forme à la lutte sociale et politique.
Du côté du monde du travail et des associations, les prises de conscience sont plus diffuses, avec notamment la problématique du « front républicain » qui pourrait bien être l’explication de la division des mobilisations contre la loi Asile Immigration. En effet, alors que des collectifs de sans-papiers avaient appelé à manifester le 14 janvier, et préparé de longue date cette initiative, un autre appel, concurrent, a été lancé par des associations, syndicats et partis politiques pour le 21 janvier. Cette division est en partie explicable par la volonté de certaines organisations appelant au 21 de continuer de distinguer la politique du gouvernement et celle que pourrait mener un gouvernement d’extrême-droite identifié. A noter que ce deuxième cadre de mobilisation ne demande pas explicitement le retrait de loi Darmanin, en mettant l’accent sur la dénonciation des idées d’extrême droite et du Rassemblement national, comme si le gouvernement n’était pas le principal danger dans l’immédiat. Ces organisations s’aménageraient-elles la possibilité de continuer à faire comme si le gouvernement actuel était fréquentable dans l’optique d’un « front Républicain » ? Pourtant, c’est bien une politique d’extrême droite que mène ce gouvernement sur cette question, comme on a encore pu le voir à Mayotte dernièrement[2]. Quelle que soit l’explication du deuxième appel, il est symptomatique de problèmes d’orientation politique des organisations du mouvement social et de la gauche bourgeoise ou réformiste. Derrière l’attachement au front républicain, il y a l’attachement au retour d’un Etat social par le biais de processus électoraux qui permettraient de régler les conflits de classe (et de « race ») dans le cadre parlementaire. Malgré la répression syndicale, c’est le même aveuglement qui pousse les directions syndicales à continuer de discuter avec le gouvernement lors de l’élaboration ou de la mise en œuvre des réformes.
Si la lutte principale à engager est contre le gouvernement et les capitalistes dont il sert les intérêts, il faut aussi lutter pour que les organisations du mouvement social soient indépendantes vis à vis des institutions capitalistes, et qu’elles reconnaissent la légitimité des premières personnes concerné.es dans l’organisation d’un tel mouvement social.
Aussi, les prochaines élections européennes seront certainement le théâtre d’une surenchère de discours réactionnaires de la part de l’extrême droite officielle et officieuse. La question du flou de la délimitation d’un éventuel « front démocratique » risque fort de se reposer, alors même que l’Union Européenne a adopté un « Pacte sur l’asile et l’immigration »[3] aussi inacceptable que la « loi Darmanin ».
[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Corporation_paysanne
[2] https://rapportsdeforce.fr/analyse/mayotte-avec-ses-annonces-gerald-darmanin-mene-la-politique-de-marine-le-pen-021420458
[3] https://litci.org/fr/declaration-europeenne-de-la-lit-qi-concernant-le-nouveau-pacte-europeen-sur-limmigration-et-lasile/
