
Les luttes féministes ont clairement gagné du terrain ces dernières années, en France et à l’international. Des luttes en défense de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) aux grèves féministes, en passant par les luttes écologistes, et antiracistes, le féminisme est devenu une véritable composante des mouvements sociaux. En témoignent par exemple les nombreux appels à former des cortèges féministes dans le récent mouvement contre la réforme des retraites en France. A ces mouvements, les États partout dans le monde répondent par la répression, la restriction des droits (comme le droit à l’IVG) ou encore par du « pink washing » ou du « queer washing », soutien de façade aux luttes féministes qui cache une réalité bien plus sombre. A l’approche du 8 mars, il nous faut mettre en valeur ces luttes et les renforcer, en nous organisant et en appelant à la grève féministe, pour l’égalité des droits, la fin des violences sexistes et sexuelles, et pour davantage de moyens pour les services publiques de l’éducation, de la santé, de la protection de l’enfance…
Nous revendiquons le contrôle sur nos vies : nos corps nos choix
Le contrôle sur les corps pèse de plus en plus sur les femmes et minorités de genre. Ainsi, après avoir refusé la définition du viol par le non-consentement au sujet de la mise en place d’une directive européenne de lutte contre les violences faites aux femmes, soutenu ouvertement des agresseurs (comme Gérard Depardieu) et alors que des centres IVG ferment ou ont du mal à survivre faute de moyens, le gouvernement français a lancé l’idée d’une grande politique nataliste de « réarmement démographique ». Outre le choix d’un vocabulaire guerrier qui objectivise le corps des femmes – vus comme de véritables machines à procréer – cette scandaleuse propagande fait tristement écho aux politiques de stérilisation forcée qui ont existé et existent encore dans les Territoires d’Outre-mer, et en particulier à Mayotte. Alors que les maternités, le soin, l’éducation, la petite enfance, la prévention des violences faites aux enfants, le soutien aux familles monoparentales, ou aux familles LGBTQIA+ sont laissés à l’abandon, laissant les femmes et les minorités de genre dans une grande précarité, il faudrait faire plus d’enfants (blancs de préférence) ! Difficile aussi de ne pas comprendre cette politique comme étant en lien avec la montée de l’extrême droite en France (rappelons entre autres que le gouvernement a avancé main dans la main avec le Rassemblement National pour voter la loi Asile-Immigration) et partout dans le monde.
Nos corps nous appartiennent, ils ne sont pas la propriété d’États qui veulent les contrôler, les museler, les soumettre ! Nous voulons des moyens pour les centres IVG, pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Nous revendiquons l’égalité salariale et des moyens pour les services publics
L’organisation sociale du travail repose sur une division de classe, sexiste, raciste et validiste, pour répondre à l’impératif capitaliste de faire toujours plus de profits. En France, 80 % des femmes et minorités de genre occupent un emploi à temps partiel. Elles et eux ont, dans leur grande majorité, des carrières hachées, subissent des écarts de salaire allant jusqu’à 27% et des écarts de pension de retraite allant jusqu’à 40%. Les dernières réformes – de la retraite, de l’assurance chômage – précarisent d’autant plus celles et ceux qui sont le plus exploité.es et opprimé.es. Par exemple, le conditionnement du RSA (revenu de solidarité active) à une activité « bénévole » de 15h par semaine est un pas supplémentaire vers la précarisation des plus pauvres et notamment des mères célibataires. Le nouveau plan de réforme de « Pole Emploi » vers « France Travail » prévoit d’élargir cette réforme, d’une violence sociale sans précédent, à l’ensemble des chômeuses et chômeurs.
Nous voulons au contraire construire une société qui valorise et fasse une place centrale aux métiers socialement utiles (où les femmes sont nombreuses) plutôt qu’à ceux qui qui rapportent de l’argent au détriment des populations et de l’environnement. Nous voulons des salaires décents pour toutes et tous et en particulier pour les travailleuses et travailleurs du social, de la santé, de l’accompagnement, de l’éducation, qui sont attaqué.es par les contre-réformes du gouvernement.
Nous ne laisserons pas nos luttes être instrumentalisées : pour un féminisme anti-impérialiste
Partout dans le monde, le féminisme est instrumentalisé à des fins économiques, impérialistes, colonialistes. La propagande récente de l’État d’Israël en est un exemple : en médiatisant des photos de l’armée israélienne portant un drapeau des fiertés, Israël tente de diviser les luttes et les groupes queer et féministes. En France, le gouvernement soutient ouvertement l’État colonial d’Israël et menace même de couper les subventions aux associations féministes qui qui montreraient « la moindre ambiguïté » au sujet des attaques du Hamas du 7 octobre.
Mais nous ne sommes pas dupes, et nous ne nous laisserons pas diviser. Notre féminisme est radicalement anti-impérialiste et anticolonial. Nous soutenons les révolutions, les résistances des peuples opprimés et dénonçons la complicité du gouvernement français dans le nettoyage ethnique en cours à Gaza. Nous exigeons, entre autres, la fin de l’envoi d’armes en Israël et militons pour la fin des colonisations et la restitution de leurs terres aux Palestinien.nes spolié.es.
Organisons la grève féministe !
Dans ce contexte, nous appelons à construire la grève féministe. C’est-à-dire une grève du travail productif et salarié, mais aussi une grève du travail reproductif (le travail de soin, de ménage, d’accompagnement des autres, qui rend possible le travail productif) – qui est soit invisible et gratuit, soit salarié mais non reconnu et très peu rémunéré. La grève féministe, c’est la mise à l’arrêt de tout ce qui permet de fonctionner à ce système tout à la fois capitaliste, patriarcal, et raciste .
Les récentes mobilisations et grèves en Espagne ou en Argentine au sujet des violences sexistes et sexuelles montrent combien l’organisation à la base peut rendre possible un mouvement d’ampleur qui ait du poids. Là-bas comme ici, les revendications et les mobilisations ne sont pas venues d’en haut, par les partis institutionnels ou les organisations syndicales. Bien au contraire certaines de ces organisations se sont d’abord désintéressées de la lutte pour finalement la rejoindre, une fois la « massification » opérée. En France, si les organisations syndicales appellent depuis quelques années maintenant à la grève féministe, elles restent, d’une part, peu actives dans sa réalisation ; et d’autre part minoritaires par rapport à la force grandissante des collectifs autoorganisés. Nous militons pour que ces organisations soutiennent les collectifs. Nous appelons à nous organiser à la base : constructions d’assemblées générales féministes, organisations de soirées de soutien aux résistances partout dans le monde, organisation sur nos lieux de travail, soutien aux grèves et luttes… pour construire un mouvement à la hauteur des attaques.
